Actualités Economie

BlackBerry poursuit sa difficile transition

Ses téléphones se font si rares autour de nous qu’aux yeux du grand public BlackBerry a déjà disparu du paysage. L’ancienne gloire du smartphone a en effet bel et bien vécu. A tel point que la société canadienne, qui vient de publier vendredi 1er avril ses résultats annuels, ne prend même plus la peine de mentionner ses ventes de téléphones dans son communiqué, trop insignifiantes face à la concurrence des géants mondiaux Apple et Samsung. L’ex-star de la téléphonie mobile, pionnière en son temps sur le marché des smartphones, n’en finit pas de cumuler les déboires financiers.

Pour son dernier exercice, l’entreprise canadienne affiche un chiffre d’affaires de 2,16 milliards de dollars (1,9 milliard d’euros), en baisse de 35 %. Un énième coup dur pour la marque qui signe par ailleurs une nouvelle année de perte nette financière. Celle-ci s’élève à 208 millions de dollars. La marque peut toutefois se rassurer (un peu) en constatant une légère amélioration de sa situation par rapport à l’exercice précédent où BlackBerry annonçait quelque 304 millions de dollars de perte nette.

« Les difficultés que connaît aujourd’hui BlackBerry trouvent leurs racines il y a presque dix ans, lorsque l’entreprise a échoué à réagir à l’impact de l’arrivée de l’iPhone sur le marché »

Sur le dernier trimestre 2015, les ventes ont chuté de 30 % par rapport à la période identique de l’exercice précédent. Dans le même temps, les coûts, eux, ont reculé de 20 %. « Les difficultés que connaît aujourd’hui BlackBerry trouvent leurs racines il y a presque dix ans, lorsque l’entreprise a échoué à réagir à l’impact de l’arrivée de l’iPhone sur le marché », explique Daniel Gleeson, analyste senior chez IHS. A l’annonce de ces résultats, l’action a perdu 7,4 %, à 7,48 dollars sur le Nasdaq.

Ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé de redresser la barre. Pour endiguer l’hémorragie subie sur les ventes de ses smartphones ces dernières années, la société a dévoilé début novembre 2015 un tout nouveau modèle, le Priv, un smartphone haut de gamme équipé d’un clavier coulissant et qui, pour la première fois de l’histoire de la société, fonctionne sous Android. Une petite révolution qui fait suite à l’échec de son système d’exploitation maison, BlackBerry 10, présenté en janvier 2013, et sur lequel le groupe canadien avait beaucoup misé pour relancer ses ventes de téléphones.

Le déclin semble inéluctable

Mais, hormis quelques irréductibles aficionados de la marque au clavier, le déclin de BlackBerry sur ce marché semble bien inéluctable. Mi-octobre 2015, le PDG du groupe, John Chen, avait évoqué la possibilité d’abandonner la commercialisation de smartphones si les résultats n’étaient pas au rendez de vous en 2016. Signe supplémentaire que la branche hardware, c’est-à-dire l’activité de fabrication de téléphones, semble presque moribonde, Facebook et WhatsApp ont tous les deux annoncé en mars qu’ils arrêteraient le développement de leurs applications respectives pour les appareils équipés d’un système d’exploitation sous BlackBerry.

Conscient de ses faiblesses, le canadien a entamé sa mue en 2013, supprimant au passage un tiers de ses effectifs, pour basculer d’un marché grand public vers un marché à destination des professionnels. La société s’est alors recentrée sur les services aux entreprises et aux administrations, ses clients historiques. John Chen a réaffirmé ce positionnement vendredi en expliquant que la stratégie consistait à pousser les feux dans sa division services aux entreprises. « Nous avons gagné des parts de marché sur les logiciels d’entreprises », a-t-il dit, en pointant le doublement des ventes au dernier trimestre et un chiffre d’affaires de plus de 527 millions de dollars sur cette activité pour l’ensemble de l’exercice, au-delà de ses objectifs, fixés à 500 millions.

Pour le nouvel exercice 2017, BlackBerry vise l’équilibre et une croissance de cette activité de services de 30 %. « Notre stratégie est sur les rails, et nos moteurs de croissance en place pour continuer à faire mieux que le marché sur le secteur logiciel et réaliser nos objectifs de rentabilité », a assuré John Chen. « BlackBerry fait des progrès mais est encore en transition. La stratégie est bonne, mais ils ont encore besoin de temps pour que la situation soit plus viable », explique William Stofega, analyste chez IDC. Le pari d’un recentrage sur le marché à destination des professionnels n’est pas encore gagné non plus. La concurrence est rude. « De nombreuses sociétés, comme Apple, Samsung ou Microsoft ont ciblé les entreprises clientes de BlackBerry », précise Daniel Gleeson.

En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/economie/article/2016/04/02/blackberry-poursuit-sa-difficile-transition_4894445_3234.html#IPVVkli0WXtga5yT.99

A propos de l'auteur

Laura

Laura

Journaliste d'investigations pour le EE Times mais également ailleurs. Plus d'infos sur mon profil Twitter (dont les tweets n'engagent que moi). Je suis spécialisée dans les enquêtes longues, surtout sur les divers lobbys.