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« Conjuring 2 » fait peur aux salles de cinéma

DÉBORDEMENTS. Dans ce film d’horreur à succès, l’action n’est pas que sur l’écran. A tel point que certains cinémas ont déjà déprogrammé le long-métrage.

Avec sa maison hantée,son démon en tenue de religieuse et ses chaises qui bougent toutes seules, « Conjuring 2 : le Cas Enfield » ne fait pas seulement frémir les fans de cinéma fantastique.

Depuis sa sortie en France mercredi dernier sur 262 écrans, le film de James Wan, avec Vera Farmiga et Patrick Wilson, terrorise les exploitants de salles. Confrontés aux débordements de jeunes spectateurs particulièrement expressifs — rires gras, discussions à haute voix, cris hystériques… —, certains annulent des séances, voire déprogramment carrément ce film interdit aux moins de 12 ans mais attendu par un large public, puisque près de 600 000 curieux s’y sont déjà précipités en cinq jours.

Les premiers incidents ont éclaté dès mercredi, dernier jour de la Fête du cinéma. A Paris, le Gaumont Parnasse, l’Aquaboulevard et le MK2 Bibliothèque ont reçu la visite de présences maléfiques, rapportait ce week-end le site de « 20 Minutes ».

Au MK2 Bastille, deux spectatrices en sont venues aux mains à la séance de 19 heures : « Il y a bien eu une altercation à cause de spectateurs trop sonores, confirme la direction du groupe, mais c’est le seul incident dont nous ayons connaissance. »

Sur la page Facebook du film, Aurélie témoigne : « Une bande de jeunes a littéralement sapé la séance et le plaisir des vrais amateurs de films d’horreur. Ils ont passé leur temps à commenter la moindre scène et à hurler au moindre mouvement, n’ayant cure des spectateurs leur demandant le calme. Le tout s’est terminé en bagarre générale ! Flippant et affligeant. »

Certains réseaux ont exorcisé le mal en amont : aucun des 400 UGC ne diffusent le film

La capitale n’est pas la seule touchée par les mauvais esprits. Au Pathé Montataire, dans l’Oise, il y a eu « des problèmes comme pour tous les films d’horreur », relativise un responsable, qui assure « savoir gérer ». Le film va pourtant bien être déprogrammé : plus aucune séance prévue aujourd’hui dans ce multiplexe, selon Allociné.

Même punition à Versailles (Yvelines), où le Cyrano a retiré « Conjuring 2 » de l’affiche dès le premier soir. « Des gens un peu excités venaient en groupe et dérangeaient les autres spectateurs, explique la direction. C’est compliqué à gérer. On a choisi de retirer le film, pour préserver la sécurité du personnel et des clients. C’est triste, car plein de gens voulaient le voir. »

Certains réseaux ont exorcisé le mal en amont : aucun des 400 écrans UGC ne diffuse « Conjuring 2 ». « Un choix éditorial d’opter pour des œuvres moins segmentantes », justifie le groupe sur Twitter. Selon nos informations, UGC avait d’abord proposé au distributeur du film de le réserver à quelques salles triées sur le volet, mais Warner a refusé. Le réseau a été échaudé par quelques précédents, notamment « Annabelle », en 2014.

« On avait eu beaucoup plus de remontées pour celui-là, se souvient Marc-Olivier Sebbag, délégué général de la Fédération nationale des cinémas français (FNCF). Les films d’horreur attirent un public jeune qui vient en groupe pour s’éclater. Les exploitants le savent et ont appris à gérer ces situations. Pour Conjuring 2, le problème est limité à quelques séances dans quelques salles. » Suffisamment pour dissuader certains spectateurs, qui attendront la deuxième ou la troisième semaine d’exploitation pour s’offrir des frissons — sur écran uniquement.

Des précédents durs à exorciser

Perturber des séances semble être devenu un sport pour certains. Plusieurs films — pas seulement d’horreur — ont subi ces dernières années l’intrusion de spectateurs démoniaques.

« Pattaya » en 2016. Les aventures comico-thaïlandaises de Franck Gastambide n’ont rien d’un film d’horreur, mais elles ont déchaîné les ardeurs de certains adolescents à sa sortie en mars dernier. A Rosny, à Versailles, à Vernon des séances ont été interrompues ou annulées.

« Annabelle » en 2014. Agressions, bagarres, sièges arrachés : l’histoire de cette poupée maléfique, réalisée par John R. Leonetti, déclenche une vague d’incidents en France en octobre 2014, au point d’être déprogrammée de quatre salles à Marseille et à Strasbourg. A Montpellier, la police intervient pour arrêter des jeunes qui crachaient sur leurs voisins et… urinaient sur leurs sièges.

« Paranormal Activity 4 » et « Sinister » en 2012. Chauffés à blanc par les réseaux sociaux et par le distributeur du film, qui encourage les spectateurs à filmer leurs réactions en salle, des ados sèment la pagaille dans des multiplexes de Mantes-la-Jolie, de Rosny et de Montataire. Certaines salles doivent être évacuées par des vigiles et des policiers. Sorti dans la foulée, l’horrifique « Sinister» est déprogram-mé par une quarantaine de salles, par peur d’éventuels troubles.

A propos de l'auteur

Laura

Laura

Journaliste d'investigations pour le EE Times mais également ailleurs. Plus d'infos sur mon profil Twitter (dont les tweets n'engagent que moi). Je suis spécialisée dans les enquêtes longues, surtout sur les divers lobbys.