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L’économie américaine continue de créer des emplois

Le marché du travail aux Etats-Unis garde le cap. Malgré les turbulences financières et le ralentissement de la croissance dans le monde, l’économie américaine continue de créer de l’emploi à un rythme soutenu. En mars, 215 000 emplois ont ainsi été créés, selon les chiffres publiés vendredi 1er avril par le Département du travail.

La performance est inférieure à celle de février (245 000), mais le rapport publié vendredi recèle deux bonnes nouvelles. D’abord, les rémunérations sont reparties à la hausse. Le salaire horaire moyen a progressé de 0,3 % à 25,43 dollars. Ce frémissement rassure après la baisse de 0,1 % constatée le mois précédent. La hausse des salaires est en effet considérée comme un indicateur important pour juger de la solidité du marché du travail. Elle mesure la pression qui s’exerce sur les employeurs pour recruter : plus la main-d’œuvre est rare, plus les entreprises doivent faire des efforts salariaux pour attirer.

L’autre bonne nouvelle est paradoxalement la remontée du taux de chômage, de 4,9 % à 5 %. Elle s’explique essentiellement par le retour de 400 000 personnes sur le marché de l’emploi. Beaucoup d’entre elles, découragées, ne recherchaient plus activement du travail et avaient disparu des statistiques. Le phénomène tend à indiquer qu’elles sont plus confiantes dans la possibilité de trouver un emploi.

Fragilités persistantes

La tendance est corroborée par la remontée du taux de participation, c’est-à-dire la proportion de personnes qui ont un emploi ou qui en recherchent un. Pour le deuxième mois d’affilée, le chiffre est à la hausse pour atteindre 63 %, un niveau qui n’avait plus été atteint depuis deux ans. Signe positif supplémentaire, la remontée du taux d’emploi chez les 25-55 ans, le cœur de la population active, qui atteint désormais 78 %. C’est moins qu’avant la crise (80 %), mais au début de la reprise, le chiffre n’était que de 75 %.

Toutefois, le retour sur le marché du travail s’accompagne d’une certaine précarisation. En mars, 135 000 personnes sont ainsi venues grossir les rangs de la catégorie des temps partiels subis. Plus de 6,12 millions d’Américains sont dans ce cas, un plus haut depuis août 2015. Une fois pris en compte ce phénomène, le taux de chômage s’élève à 9,8 % en mars, soit 0,1 point de plus qu’en février.

Même si le marché du travail est solide, il comporte encore des fragilités. Le fait que le temps de travail fasse du surplace en mars avec une semaine moyenne à 34,4 heures est ainsi un motif de déception. Par ailleurs, s’il y a la quantité, la « qualité » n’est pas encore optimum. Les secteurs qui payent le moins bien – restauration (25 000 créations d’emplois), distribution (48 000) – restent les plus dynamiques. Si la construction est en progression en raison d’une météo clémente (37 000), elle reste très en deçà de ses niveaux d’avant-crise.

De son côté, l’emploi industriel continue à flancher, avec 29 000 postes détruits en mars, la plus forte chute depuis 2009. Le secteur de l’énergie souffre toujours de la chute du prix du pétrole, avec la perte de 12 000 emplois sur un mois et de 185 000 depuis le pic de septembre 2014. Néanmoins, la publication vendredi de l’Indice des directeurs d’achat dans le secteur manufacturier a un peu rassuré. Après cinq mois de déclin continu, l’activité est repartie à la hausse en mars.

Prudence de la Fed

Quel sera l’impact de ces données sur la Réserve fédérale (Fed), qui hésite, pour l’heure, à remonter ses taux directeurs ? « Les chiffres ne sont pas suffisamment solides pour mettre une pression supplémentaire sur les membres de la Fed pour agir dès avril et même en juin », estime Christophe Barraud, économiste chez Market Securities, qui s’appuie sur les propos très prudents tenus mercredi à New York par Janet Yellen. La présidente de la Fed a dit qu’elle restait très attentive à l’impact du ralentissement mondial sur l’économie américaine, soulignant que, dans ce contexte, le relèvement des taux serait « graduel ». Visiblement, les données sur l’inflation et l’emploi aux Etats-Unis ne sont plus les seuls critères à être pris en compte.

Il est vrai que la menace « extérieure » n’a rien d’hypothétique. La moindre demande au niveau mondial et la hausse du dollar commence à peser sur les profits des entreprises américaines. Ceux-ci ont baissé de 5,1 % en 2015, la plus forte chute depuis 2008. Dans le même temps, on observe une augmentation des licenciements, qui se sont élevés à 184 920 au premier trimestre, soit 31,8 % de plus que sur la même période il y a un an, selon les chiffres publiés jeudi par le cabinet Challenger Gray & Christmas.

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A propos de l'auteur

Laura

Laura

Journaliste d'investigations pour le EE Times mais également ailleurs. Plus d'infos sur mon profil Twitter (dont les tweets n'engagent que moi). Je suis spécialisée dans les enquêtes longues, surtout sur les divers lobbys.